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Lou Harrison – Symphonie no.3

Lou Harrison

Lou Harrison – Photo par Eva Soltes © 2002

Avec cet article, je souhaite vous faire découvrir une œuvre relativement moderne qui me fascine depuis un certain temps. Composée en 1982, la Troisième symphonie du compositeur américain Lou Harrison (1917 – 2003) est une œuvre vraiment très intéressante. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai écouté cette pièce (bien qu’iTunes le compte pour moi et me dit 18 fois à ce jour…!). Je suis personnellement tombé sous le charme de l’œuvre dès ma première audition. Je fais le pari qu’il en sera de même pour vous.

Présentation

J’ai découvert la Symphonie no.3 de Lou Harrison un peu par hasard. Harrison était un compositeur dont je ne connaissais pas l’existence avant de lire l’excellente autobiographie de John Adams, Hallelujah Junction. Adams semblait avoir une grande admiration pour ce collègue compositeur. J’ai donc cherché à savoir qui était ce Harrison. En écoutant quelques extraits de ses œuvres au hasard sur iTunes, je suis tombé sur cette 3e symphonie, qui m’a immédiatement séduit.

La musique de Lou Harrison

Selon Wikipédia, la musique de Harrison fut fortement influencée par les musiques de traditions non-occidentales, telles les musiques asiatiques et le gamelan balinais. D’après ce que j’ai entendu de ses œuvres, sa musique donne une place prépondérante à la mélodie, tout en gardant une structure harmonique relativement simple. Malgré sa simplicité apparente, la musique de Harrison demeure tout-à-fait moderne et réussit parfaitement à faire le pont entre la tradition classique et l’ère contemporaine.

Plus en détails

La troisième symphonie de Lou Harrison est une œuvre pour grand orchestre, divisée en 6 mouvements et d’une durée totale d’environ 33 minutes. De ces six mouvements, trois portent des sous-titres représentant chacun une danse folklorique.

1er mouvement – Allegro Moderato

Durée: 7 min 32 s.

Ce mouvement se distingue du premier mouvement typique de la symphonie classique traditionnelle par une durée plutôt courte et une forme relativement simple, avec peu de développements. Les 45 premières secondes présentent un thème aux multiples embranchements mélodiques. L’orchestration s’amincit ensuite pour faire place à des jeux contrapuntiques entre divers groupes d’instruments. Le tout débouche rapidement sur une section centrale plus lente et plus calme (vers 2:15) dans laquelle on entend des solos de violon et violoncelle. Harrison revient ensuite avec le même thème qu’au tout début du mouvement (vers 5:20).

On perçoit rapidement une certaine influence asiatique dans les lignes mélodiques de ce mouvement. J’y entends aussi quelques brefs échos de la Promenade des Tableaux d’une exposition de Moussorgski.

2e mouvement – A Reel in Honor of Henry Cowell

Durée: 2 min 11 s.

Premier des trois mouvements portant le nom d’une danse, ce « reel » fut écrit en l’honneur de Henry Cowell, figure bien connue de la composition au 20e siècle et ancien professeur de Harrison. On remarque la présence de percussions, qui accompagneront le mouvement en entier, lui donnant un élan rythmique bien marqué. Ce mouvement dégage une énergie contagieuse.

Encore une fois ici, on peut clairement entendre des influences orientales. Le pouvoir évocateur de cette musique est même surprenant. En écoutant ce mouvement, je ne peux m’empêcher d’imaginer un banquet festif dans la cour d’un sultan d’Asie centrale au moyen âge.

3e mouvement – A Waltz for Evelyn Hinrichsen

Durée: 2 min 19 s.

D’un caractère beaucoup plus lyrique, le troisième mouvement est une valse teintée de nostalgie. Peu marqué, le rythme en trois temps de la valse traditionnelle y est pourtant bien présent.

Cette valse fut écrite en hommage à Evelyn Hinrichsen, amie de longue date du compositeur, et qui travaillait chez l’éditeur de partitions C.F. Peters.

4e mouvement – An Estampie for Susan Summerfield

Durée: 4 min 3 s.

Le dernier des trois mouvements de danse est dédié à Susan Summerfield, spécialiste de la musique ancienne. Harrison s’est lui-même intéressé aux musiques des périodes baroque et pré-baroque. En tant que musicien, il a notamment fait partie d’ensembles spécialisés se dédiant à ces périodes. Il a aussi composé dans ce style.

Une des formes pré-baroque préférée de Harrison était la forme médiévale nommée « Estampie ». Ce genre très rythmé expose des phrases musicales se déclinant par paires, la première présentation ayant une fin ouverte, la deuxième une fin fermée. C’est une forme qu’il a réutilisée dans plusieurs de ses œuvres, et nous en avons un bon exemple ici dans la troisième symphonie.

5e mouvement – Largo Ostinato

Durée: 6 min 37 s.

Mon mouvement préféré de cette symphonie, ce Largo Ostinato appelle à la rêverie. Harrison choisit d’utiliser une formule harmonique en ostinato, et n’en déroge pas pendant tout le mouvement. Il suffit d’écouter la ligne de basse pour voir que le tout est très statique, répétant sans cesse le même motif. Malgré l’immobilité harmonique, de longues lignes mélodiques nous amènent dans un univers musical tout simplement sublime.

6e mouvement – Allegro

Durée: 10 min 26 s.

Harrison conclut sa symphonie avec le mouvement le plus long et le plus substantiel de l’œuvre. On y retrouve un mélange de divers éléments entendus dans les mouvements précédents, avec une emphase mise sur la juxtaposition de lignes mélodiques de façon contrapuntique. Dès le début, les cuivres ramènent quelques échos des Tableaux d’une exposition de Moussorgski, tout comme dans le premier mouvement.

Enregistrements suggérés

À ma connaissance, il n’existe qu’un seul enregistrement de cette symphonie, soit la version de Russell Davies et du Cabrillo Music Festival Orchestra, parue en 1991 sous étiquette Amerco. En plus de la troisième symphonie, cet album contient aussi le Grand Duo for Violin and Piano, une autre pièce très intéressante.

iTunes: https://itunes.apple.com/ca/album/lou-harrison-third-symphony/id297401678
Amazon: http://www.amazon.com/Lou-Harrison-Third-Symphony-Violin/dp/B001L2GJWE

Si jamais vous connaissez d’autres enregistrements de cette symphonie, n’hésitez pas à me le signaler.

Références

Lou Harrison sur Wikipédia

Film documentaire sur Lou Harrison: LOU HARRISON: A World of Music (a film by Eva Soltes)

Autobiographie de John Adams: Hallelujah Junction: Composing an American Life by John Adams

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